La célèbre « prophétie des ossements desséchés 7; d'Ezéchiel (Ez 37,1-14)
est généralement considérée dans deux perspectives contraires :
l'interprétation historique se conforme à l'intention explicite de
l'auteur (cf. v.11), et la considère donc comme un oracle de Salut qui
annonce au Peuple d'Israël le retour de l'Exil à Babylone ;
l'interprétation eschatologique, quant à elle, la transforme en vision
grandiose de la résurrection finale du Peuple saint, au-delà de
l'histoire. Cette dernière lecture, unanime chez les Pères de l'Église
et reflétée dans le sensus fidelium courant, ne trouve pas d'échos dans
la vie officielle de l'Église d'aujourd'hui : aucun document du
Magistère n'y fait référence ; les théologiens dogmatiques, dans leur
traitement de l'eschatologie, en général ignorent Ez 37 ; la liturgie ne
proclame pas cette lecture pour les messes des défunts ou dans les
célébrations orientées vers les derniers temps. Nous avons voulu
confronter cette situation avec un « objet historique 7; assez
particulier, une série de trois textes, importants pour la théologie
chrétienne, qui font recours explicitement à la prophétie d'Ezéchiel :
l'évangile de Matthieu, dans sa description des signes qui accompagnent
la mort du Messie (Mt 27) ; l'Apocalypse de Jean, dans la narration des
deux témoins (Ap 11) ; et le Commentaire sur Jean d'Origène (livre X).
Ces réinterprétations d'Ez 37, qui marquent la réflexion eschatologique
de l'Église antique, forment un « processus de relectures 7; qui est
l'objet propre de ce livre. Il est composé de trois parties.