The Foundations of Bioethics (1986) inscrit la bioéthique dans un cadre très large. L'auteur prend acte de l'impossibilité, dans les sociétés contemporaines, de parvenir à un consensus général en éthique : il n'existe pas d'accord sur une conception du monde universellement recevable, rationnelle et dotée de contenu concret. Dans les sociétés laïques et pluralistes, les valeurs et les normes des individus diffèrent, parfois du tout au tout. Sous la seule exigence de résoudre les désaccords de façon pacifique, Hugo Tristram Engelhardt, Jr. distingue deux principes, différents mais complémentaires, qui permettent de construire à nouveaux frais une bioéthique acceptable.
Le principe d'autonomie met en avant la liberté, caractérisée non comme une valeur à promouvoir, mais comme une condition de possibilité de l'éthique. Formel et d'application universelle, il proscrit l'usage de la violence, privée ou étatique, à l'encontre des choix innocents, c'est-à-dire des choix qui ne causent pas de préjudice aux personnes. Le principe de bienfaisance, fondé sur la sympathie et l'intérêt pris à la traduire en acte, indique à quelles conditions on peut ou doit faire le bien d'autrui. Concret, il ne peut se réaliser effectivement que dans le cadre de communautés diverses, avant tout des communautés de croyants, où il prend des formes elles-mêmes diverses, éventuellement aberrantes aux yeux des membres des autres communautés.